POURQUOI CÉLÉBRER AUJOURD’HUI L’APPEL DU 18 JUIN ?

Le 18 juin 1940, la France traverse l’une des heures les plus sombres de son histoire. L’armée est vaincue, des millions de civils sont jetés sur les routes et, la veille, le maréchal Pétain a annoncé qu’il fallait cesser le combat.

Depuis Londres, un général encore peu connu refuse pourtant de considérer la défaite comme une fatalité. Charles de Gaulle affirme que la guerre ne se limite pas au territoire français, qu’elle est mondiale et que toutes les forces disponibles doivent continuer le combat.

Son appel est peu entendu. Il n’est pas enregistré. Ceux qui l’écoutent ce soir-là ne peuvent pas encore savoir qu’ils assistent à un acte fondateur.

Alors pourquoi, plus de huit décennies plus tard, continuons-nous à célébrer le 18 Juin ?

Parce que nous ne célébrons pas seulement un discours. Nous célébrons un refus.

LE REFUS DE LA RÉSIGNATION

Le premier enseignement du 18 Juin est celui de la lucidité.

De Gaulle ne nie pas la défaite militaire. Il ne cherche pas à rassurer les Français par un mensonge confortable. Il regarde la situation en face, mais refuse d’en faire une destinée.

C’est toute la différence entre le déni et l’espérance.

Le déni consiste à fermer les yeux devant la réalité. L’espérance consiste à la regarder lucidement tout en affirmant qu’elle peut encore être transformée.

Cette distinction reste essentielle aujourd’hui. Face aux crises, aux injustices, aux difficultés économiques, aux tensions sociales ou au recul de la confiance démocratique, la tentation de la résignation est forte. Beaucoup pensent que rien ne peut changer, que les décisions sont prises ailleurs, que la parole citoyenne ne compte plus.

Le 18 Juin nous enseigne précisément le contraire : ce qui paraît inévitable ne l’est pas toujours. L’avenir reste ouvert tant que des femmes et des hommes refusent d’abandonner leur liberté d’agir.

LA PRIMAUTÉ DE LA CONSCIENCE

L’appel du 18 Juin est aussi celui d’un homme qui ose penser et agir contre le mouvement général.

Lorsque presque tout semble perdu, lorsque les autorités appellent à cesser le combat et que le découragement domine, il faut une force morale exceptionnelle pour dire : « Non, ce n’est pas terminé. »

Cette capacité à juger par soi-même est au cœur de la citoyenneté républicaine.

La République ne veut pas fabriquer des sujets soumis, mais des citoyens libres. Elle repose sur des femmes et des hommes capables de réfléchir, de douter, de confronter les faits, de résister aux mensonges et de ne pas confondre l’obéissance avec la fidélité.

La fidélité à une personne, à un parti ou à un clan ne peut jamais être supérieure à la fidélité aux principes.

Le 18 Juin nous rappelle qu’il existe des circonstances où obéir au mouvement dominant revient à renoncer à sa conscience. Il nous enseigne que le courage commence parfois par une parole solitaire.

LA RÉPUBLIQUE N’EST JAMAIS DÉFINITIVEMENT ACQUISE

Quelques semaines après l’appel, la République française disparaît au profit du régime de Vichy. Les libertés sont supprimées, les opposants pourchassés, les discriminations organisées et la collaboration engagée.

L’histoire nous apprend ainsi qu’une République peut s’effondrer.

Elle ne meurt pas toujours brutalement. Elle peut s’affaiblir progressivement, lorsque les citoyens se détournent de la chose publique, lorsque la peur remplace le débat, lorsque les contre-pouvoirs sont méprisés, lorsque la propagande prend le pas sur la vérité ou lorsque le pouvoir finit par se croire propriétaire des institutions.

Célébrer le 18 Juin, c’est donc refuser de considérer la démocratie comme un héritage qui se conserverait tout seul.

La République vit par ses lois, mais également par nos comportements. Elle vit lorsque le pluralisme est respecté, lorsque l’opposition peut s’exprimer, lorsque la presse demeure libre, lorsque les élus rendent des comptes et lorsque chaque citoyen peut défendre ses convictions sans crainte.

Elle s’affaiblit dès que l’adversaire politique est présenté comme un ennemi, que le désaccord devient suspect ou que la majorité confond le mandat reçu avec un droit de propriété sur le pouvoir.

UNE LEÇON POUR NOTRE TEMPS

Nous ne sommes pas en 1940. Toute comparaison directe serait historiquement fausse et politiquement excessive.

Mais les principes révélés par le 18 Juin restent profondément actuels.

Notre époque connaît le retour des discours autoritaires, des vérités simplifiées, des boucs émissaires et des affrontements identitaires. Les réseaux sociaux accélèrent les colères, enferment chacun dans son camp et transforment trop souvent le débat public en guerre permanente entre le bien et le mal.

Dans ce climat, défendre la République consiste d’abord à refuser les simplifications.

La démocratie ne nous demande pas de penser tous de la même manière. Elle nous demande de reconnaître à chacun le droit de penser autrement. Elle organise le désaccord afin qu’il ne se transforme pas en violence.

Nous n’avons pas besoin de nous aimer pour faire République. Nous devons apprendre à nous respecter, à discuter, à argumenter et à chercher ce qui peut encore nous rassembler.

Le pacte républicain est précisément ce cadre commun. Il protège la liberté de chacun, garantit l’égalité devant la loi et rend possible la fraternité entre des citoyens qui ne partagent pas nécessairement les mêmes croyances, les mêmes origines ou les mêmes opinions.

FAIRE VIVRE LA RÉPUBLIQUE À L’ÉCHELLE LOCALE

La République ne se défend pas uniquement dans les grands discours nationaux. Elle se pratique chaque jour dans nos communes.

Elle vit dans un conseil municipal où toutes les sensibilités peuvent s’exprimer.

Elle vit lorsque les décisions sont expliquées, lorsque les documents publics sont accessibles, lorsque les habitants sont écoutés et lorsque l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers.

Elle vit lorsqu’une majorité respecte son opposition, non par courtoisie, mais parce que le pluralisme est une condition de la démocratie.

Elle vit lorsqu’un citoyen peut rencontrer qui il souhaite, soutenir qui il souhaite, critiquer une décision ou proposer une autre voie sans craindre d’être mis à l’écart.

Un maire n’est pas le maire de son camp. Il est le maire de tous les habitants. Le pouvoir qu’il exerce ne lui appartient pas. Il lui est confié temporairement par les citoyens.

Faire vivre la République à La Garde, c’est défendre cette conception exigeante du mandat public : servir plutôt que se servir, expliquer plutôt qu’imposer, rassembler plutôt que diviser.

COMMÉMORER, CE N’EST PAS REGARDER EN ARRIÈRE

Une commémoration perd son sens lorsqu’elle se limite à une gerbe, une photographie et quelques paroles convenues.

Se souvenir du 18 Juin, ce n’est pas entretenir la nostalgie d’un passé héroïque. C’est transmettre une responsabilité.

C’est apprendre aux nouvelles générations que la liberté n’est jamais définitivement garantie.

C’est leur montrer que les institutions ne sont solides que si les citoyens les font vivre.

C’est rappeler que le courage politique ne consiste pas à suivre le vent dominant, mais parfois à dire non, à rester debout et à préparer ce que les autres pensent encore impossible.

Le 18 Juin appartient à notre histoire nationale, mais son message dépasse son époque. Il nous rappelle qu’une défaite n’est pas nécessairement une fin, qu’une majorité ne détient jamais à elle seule la vérité et qu’un citoyen libre peut contribuer à rouvrir l’avenir.

À notre échelle, cette leçon nous oblige.

Protéger La Garde. Dire la vérité. Préparer l’avenir.

C’est aussi de cette manière, humblement mais résolument, que nous pouvons aujourd’hui faire vivre la République.

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