À La Garde, l’opposition apprend par la presse qu’on célèbre la démocratie !

Le 17 octobre, un article de Presse Agence nous apprend que la Ville de La Garde organisera, le 9 novembre prochain, la cérémonie d’installation de son nouveau Conseil de Ville des Jeunes.

Une belle initiative, que nous saluons sans réserve. Apprendre à nos jeunes concitoyens à débattre, à défendre leurs idées et à participer à la vie de leur commune est une démarche essentielle.

L’article annonce la présence de Madame le Maire, de son premier adjoint, également président du Conseil départemental, et de l’adjoint chargé du Conseil de Ville des Jeunes.

Une cérémonie officielle, donc, en présence des représentants de l’exécutif municipal.

Mais une question se pose : pourquoi les cinq élus de notre groupe Unis pour La Garde découvrent-ils cet événement dans la presse, sans avoir été informés ni invités par la municipalité ?

Et surtout, que nous apprend cette situation sur la conception de la démocratie locale ?

Qu’apprend-on aux jeunes lorsqu’on leur enseigne la démocratie ?

Commençons par l’essentiel.

À quoi sert un Conseil de Ville des Jeunes ?

À découvrir le fonctionnement des institutions, à exprimer des opinions, à confronter des idées, à élaborer des projets et à rechercher des décisions collectives.

Mais qu’est-ce qu’une démocratie, sinon un système politique qui permet précisément à des citoyens d’opinions différentes de vivre et de décider ensemble ?

Le désaccord n’est-il pas une composante normale, et même indispensable, de la vie démocratique ?

Alors pourquoi, à l’occasion d’une cérémonie consacrée à ces principes, les élus chargés d’incarner la contradiction au sein du Conseil municipal ne sont-ils pas associés à l’événement ?

Comment enseigner le pluralisme sans donner à voir le pluralisme ?

Voilà une question à laquelle il serait intéressant que nos responsables municipaux répondent.

La Ville appartient-elle à ceux qui la dirigent ?

Poursuivons le raisonnement.

Qui représente les Gardéennes et les Gardéens ?

Le maire et les adjoints, naturellement. Mais sont-ils les seuls représentants issus du suffrage universel ?

En mars 2026, 3 250 électeurs ont choisi Unis pour La Garde. Ce vote a permis à cinq d’entre nous de siéger au Conseil municipal.

Ces citoyens auraient-ils perdu leur droit à être représentés dans la vie institutionnelle de leur commune parce que leur choix politique n’a pas remporté l’élection ?

La victoire électorale donne-t-elle le droit de gouverner ou celui de considérer les institutions municipales comme la propriété d’un camp ?

Car c’est bien là que se situe le problème.

Nous reconnaissons pleinement la légitimité de l’exécutif à administrer la commune. Pourquoi la reconnaissance réciproque de notre légitimité semble-t-elle si difficile ?

On peut être politiquement adversaires sans être institutionnellement ennemis.

C’est même l’un des principes fondamentaux d’une démocratie apaisée.

Le respect est-il un principe ou une pratique ?

En novembre 2025, lors de l’installation d’une précédente assemblée de jeunes conseillers, Madame le Maire déclarait :

« La politique, la vraie, c’est celle de l’écoute, du respect et de la bienveillance. »

Nous souscrivons volontiers à cette définition.

Mais une question s’impose immédiatement : à qui s’adressent ces principes ?

À ceux qui partagent nos opinions ? À ceux qui soutiennent nos décisions ? À ceux dont la présence ne risque jamais de nous contredire ?

Ou doivent-ils s’appliquer également à celles et ceux qui pensent autrement ?

Si le respect ne s’exerce qu’entre personnes du même camp, peut-on encore parler de respect du pluralisme ?

Et si l’écoute disparaît dès qu’apparaît la contradiction, que reste-t-il du dialogue démocratique ?

Il est toujours facile de prononcer de beaux discours sur les valeurs républicaines. Leur véritable portée se mesure pourtant à la manière dont elles sont appliquées, particulièrement envers ceux avec lesquels nous sommes en désaccord.

À La Garde, cet épisode s’ajoute aux difficultés que notre groupe dénonce depuis plusieurs années dans ses relations avec l’exécutif municipal.

Nous y voyons une conception trop fermée du pouvoir, où l’appartenance à l’équipe dirigeante semble parfois primer sur la reconnaissance des différentes sensibilités représentées au Conseil municipal.

Est-ce ainsi que l’on rassemble une ville ?

Le respect du pluralisme ne se proclame pas devant les jeunes. Il se démontre devant eux.

Et si la plus belle leçon venait des jeunes ?

Nous souhaitons naturellement une très belle cérémonie aux nouveaux membres du Conseil de Ville des Jeunes, comme à ceux qui achèvent leur mandat.

Leur engagement mérite notre reconnaissance et nos encouragements.

Nous espérons qu’ils découvriront, au cours de leur expérience, toute la richesse du débat contradictoire. Qu’ils apprendront à écouter, à douter, à argumenter et, parfois, à changer d’avis.

Qu’ils comprendront qu’une opinion différente n’est pas une menace, qu’un contradicteur n’est pas un ennemi et qu’aucune majorité ne détient, à elle seule, la vérité.

Car la démocratie n’exige pas que nous soyons tous d’accord.

Elle exige que nous acceptions de ne pas l’être.

Le 9 novembre, les jeunes Gardéens viendront apprendre à faire vivre la démocratie.

Espérons qu’à cette occasion, certains adultes accepteront aussi d’en recevoir une leçon.

www.unispourlagarde.fr


Sources documentaires