
À La Garde, la protection des abeilles fait déjà l’objet de nombreuses initiatives. Mais derrière cet insecte familier se cache un enjeu bien plus vaste : la préservation de la biodiversité, la qualité de notre environnement et notre capacité à préparer la ville aux défis de demain. Comment aller plus loin ?
Un petit insecte, un rôle immense
Chaque printemps, dans nos jardins, nos parcs et nos espaces naturels, un travail discret recommence. D’une fleur à l’autre, des milliers d’insectes transportent le pollen indispensable à la reproduction de nombreuses plantes.
Nous remarquons surtout les abeilles. Pourtant, elles ne sont pas seules. Bourdons, papillons, syrphes et bien d’autres insectes participent à cet équilibre.
Selon l’Office français de la biodiversité, près de 75 % des espèces de plantes cultivées dépendent, au moins partiellement, de la pollinisation par les insectes.
Sans ces précieux auxiliaires, notre agriculture, nos paysages et nos écosystèmes seraient profondément affectés.
Mais leur rôle dépasse largement notre alimentation. En permettant aux plantes sauvages de se reproduire, les pollinisateurs contribuent à préserver les milieux naturels dont dépendent, à leur tour, de nombreuses autres espèces.
Protéger les pollinisateurs, c’est donc protéger tout un équilibre vivant dont nous faisons nous-mêmes partie.
Un équilibre aujourd’hui fragilisé
Les études scientifiques montrent que les populations de nombreux insectes pollinisateurs subissent des pressions croissantes.
La disparition des habitats naturels, la raréfaction des fleurs, les pesticides, certaines maladies et les changements climatiques se conjuguent pour fragiliser leur existence.
Ces phénomènes ne concernent pas seulement les espaces agricoles. Ils touchent également les villes, où la fragmentation des milieux naturels, l’imperméabilisation des sols et l’entretien intensif de certains espaces verts peuvent réduire leurs ressources.
Une pelouse régulièrement tondue est parfois agréable à regarder. Mais lorsqu’elle ne comporte plus aucune fleur, elle offre bien peu de nourriture aux insectes.
À l’inverse, une prairie diversifiée, une haie d’essences locales ou quelques espaces préservés peuvent devenir de véritables refuges.
Cela nous invite à changer notre regard sur la nature en ville : un espace vert ne devrait pas être apprécié uniquement pour son apparence, mais aussi pour la vie qu’il permet d’accueillir.
À La Garde, des initiatives qu’il faut reconnaître
Notre commune n’est pas restée inactive.
En décembre 2023, La Garde a obtenu sa troisième abeille au label APIcité, décerné par l’Union nationale de l’apiculture française. Il s’agit du plus haut niveau de distinction de ce programme, qui valorise les démarches engagées en faveur des abeilles et de leur environnement.
Plusieurs réalisations ont contribué à cette reconnaissance.
La commune a notamment développé une gestion « zéro phyto » de ses espaces publics, favorisé les plantations fleuries au pied des arbres, mis des terrains à disposition d’apiculteurs et installé un rucher pédagogique dans la forêt du Thouars.
Un dispositif de biosurveillance apicole a également été développé à Fontqueballe. Des ruches sentinelles permettent, par l’analyse de prélèvements, de rechercher certains polluants présents dans l’environnement.
La Semaine de l’abeille, dont la sixième édition s’est déroulée du 21 au 26 septembre 2026, contribue par ailleurs à sensibiliser les enfants, les familles et les habitants au rôle de ces insectes.
Ces actions sont utiles et méritent d’être reconnues.
Notre rôle n’est pas de contester systématiquement ce qui fonctionne, mais de réfléchir à la manière de le préserver, de l’améliorer et de lui donner une portée plus large.
Car une distinction récompense une démarche. Elle ne dispense ni d’en évaluer les effets ni de poursuivre les efforts engagés.
Protéger les abeilles, ce n’est pas seulement installer des ruches
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants des recherches scientifiques.
Lorsque nous pensons aux abeilles, nous imaginons spontanément une ruche et sa production de miel.
Pourtant, la France compte près d’un millier d’espèces d’abeilles sauvages. Beaucoup vivent seules, sans reine, sans colonie organisée et sans production de miel.
Selon l’Office français de la biodiversité, environ 70 % de ces espèces nichent dans le sol.
Leurs besoins sont donc différents de ceux des abeilles domestiques. Certaines recherchent des sols dégagés, d’autres des tiges creuses, du bois mort ou des cavités naturelles.
Les travaux de l’INRAE ont même montré que, dans certaines conditions, une concentration importante de ruches pouvait entraîner une concurrence alimentaire entre abeilles domestiques et abeilles sauvages.
Ce constat ne remet nullement en cause le travail des apiculteurs. Il rappelle simplement que soutenir l’apiculture et protéger l’ensemble des pollinisateurs sont deux objectifs complémentaires, mais distincts.
La meilleure politique pour la biodiversité ne consiste donc pas nécessairement à multiplier les ruches. Elle consiste d’abord à offrir aux différentes espèces les conditions nécessaires pour vivre et se reproduire.
Comment aller plus loin à La Garde ?
Notre ville dispose de nombreux atouts : des espaces naturels, des parcs, des jardins, des secteurs agricoles et des quartiers qui pourraient participer davantage à la continuité écologique du territoire.
Nous pourrions prolonger les initiatives existantes autour de plusieurs orientations concrètes.
Des espaces fleuris tout au long de l’année
Privilégier les plantes locales, adaptées au climat méditerranéen, et organiser des floraisons successives afin de proposer des ressources alimentaires sur une période aussi longue que possible. Cela permettrait également de limiter les besoins en eau.
Une gestion des espaces verts adaptée au vivant
Développer, là où les usages et la sécurité le permettent, des prairies naturelles et des fauches échelonnées. Certains secteurs pourraient être entretenus moins fréquemment, tout en conservant des espaces accessibles, propres et accueillants pour les habitants, et en respectant les obligations de prévention des incendies.
Davantage de refuges pour les abeilles sauvages
Conserver des petites surfaces de sol nu, des tiges sèches, des haies diversifiées et du bois mort dans des endroits appropriés. Ces habitats naturels sont souvent plus utiles qu’une multiplication d’hôtels à insectes décoratifs.
Des continuités écologiques entre les quartiers
Penser les espaces verts, les alignements d’arbres, les jardins et les futurs aménagements comme les éléments d’un réseau vivant. Une ville favorable à la biodiversité ne se construit pas uniquement dans ses parcs : elle se construit également le long de ses rues et au cœur de ses quartiers.
Une protection raisonnée contre les espèces invasives
Accompagner les apiculteurs et les habitants face au frelon asiatique à pattes jaunes, en privilégiant les méthodes de surveillance et de lutte sélectives, afin de ne pas nuire aux autres insectes.
Une meilleure connaissance de notre biodiversité
Réaliser des inventaires réguliers, associer les associations naturalistes et développer des observations participatives avec les écoles et les habitants. Nous pourrions ainsi suivre l’évolution des espèces observées et mesurer les résultats des aménagements réalisés.
Ces propositions ne nécessitent pas toutes de lourds investissements. Certaines relèvent avant tout d’une autre manière d’entretenir les espaces existants, de programmer les interventions et de coordonner les acteurs.
Faire de la biodiversité un projet partagé
Une politique de protection de la nature ne peut pas reposer sur la seule action des services municipaux.
Elle concerne aussi les habitants, les associations, les établissements scolaires, les jardiniers, les agriculteurs et les entreprises qui disposent d’espaces extérieurs.
Un jardin privé peut devenir un refuge. Une copropriété peut adapter l’entretien de ses espaces verts. Une école peut permettre aux enfants d’observer les pollinisateurs et de comprendre leurs interactions avec les plantes.
La commune pourrait accompagner cette dynamique en mettant à disposition des conseils pratiques, en organisant des actions collectives et en publiant régulièrement un bilan des initiatives engagées.
Il serait notamment intéressant de connaître l’évolution des surfaces favorables aux pollinisateurs, les continuités écologiques restaurées et la diversité des espèces recensées.
Car protéger la biodiversité suppose aussi de pouvoir observer les résultats de nos décisions.
Préparer demain commence aujourd’hui
Protéger les abeilles peut sembler un objectif modeste face aux grands défis que rencontre notre ville.
C’est pourtant une manière très concrète de les aborder.
Il est question de biodiversité, mais aussi d’urbanisme, de gestion de l’eau, de préservation des sols, d’éducation et de qualité de vie.
Il est question, finalement, de notre manière d’habiter La Garde et de la place que nous souhaitons laisser au vivant.
Les initiatives déjà engagées constituent une base encourageante. Nous pouvons désormais chercher à leur donner davantage de cohérence, de continuité et de résultats mesurables.
Une ville qui protège ses pollinisateurs est une ville qui apprend à mieux protéger son environnement. Et une ville qui prend soin de son environnement est une ville qui prépare son avenir.
C’est cette ambition que nous souhaitons encourager à La Garde.
Unis pour La Garde
Pour aller plus loin
- Office français de la biodiversité : rendre son jardin accueillant pour les pollinisateurs
- INRAE : les abeilles au cœur des transitions
- INRAE : concurrence alimentaire entre abeilles sauvages et domestiques
- Info83 : La Garde décroche trois abeilles au label APIcité
- La Gazette du Var : biodiversité et protection des abeilles à La Garde

