
Un enfant né en 2005, l’année de la création de la zone d’aménagement concerté des Coteaux de Sainte-Musse, aura 28 ans en 2033. Il aura eu le temps de grandir, de faire ses études et de commencer sa vie professionnelle. La municipalité, elle, en sera peut-être encore à terminer le quartier.
Sainte-Musse : une échéance repoussée à 2033
La concession, signée en 2009 pour sept ans, devait initialement s’achever en 2016. Puis l’échéance a reculé : 2023, 2026, désormais 2033. Et le nouvel avenant prévoit expressément la possibilité d’une prolongation supplémentaire.
À quel moment une succession de retards devient-elle un bilan politique ?
L’équipe municipale invoque un contentieux familial qui a bloqué l’acquisition de plusieurs parcelles. Cette difficulté explique une partie du passé. Mais son propre document annonce une issue favorable récente, permettant d’aménager plus de soixante lots et de poursuivre les voiries du secteur Est.
L’obstacle se débloque. Sept années supplémentaires sont accordées.
Pourquoi sept ? L’avenant expose les difficultés rencontrées, mais ne présente pas le calendrier détaillé qui permettrait de comprendre cette durée. Après tant de reports, faudrait-il encore considérer la patience comme une méthode de gestion ?
Un aménageur privé doit rendre des comptes à ses prêteurs, respecter ses engagements et supporter le coût du temps qui passe. Ses clients attendent des réalisations. Pourquoi une opération soutenue par l’argent communal devrait-elle bénéficier d’une indulgence aussi durable ?
Sept millions d’euros avancés par la commune
Car les Gardéens ont apporté bien davantage que leur patience : la commune a engagé sept millions d’euros d’avances de trésorerie dans cette opération.
Une avance a vocation à revenir. Tant que les sommes restant dues ne sont pas remboursées, elles demeurent indisponibles pour d’autres priorités. Les besoins de la ville, eux, n’attendent pas 2033.
La réponse de l’exécutif municipal revient pourtant au même principe : les comptes se feront à la fin de l’opération.
Mais que vaut cette perspective lorsque la fin recule à chaque nouvelle échéance ?
Au conseil municipal du 21 septembre, Julia Peironet-Brémond a demandé pourquoi la commune ne pourrait pas récupérer une partie substantielle des avances : deux, trois ou quatre millions d’euros, selon les capacités réelles de l’opération. Dans cet échange, aucun calendrier chiffré de remboursement intermédiaire n’a été présenté.
À la place, l’équipe municipale a rappelé qu’il fallait achever les voiries, l’éclairage et les équipements nécessaires aux habitants.
Bien sûr qu’il faut les achever. Les riverains ont droit à un quartier terminé. Mais pourquoi leur besoin légitime servirait-il à écarter toute discussion sur les délais et l’argent communal ? Terminer les travaux et défendre les intérêts financiers de la ville devraient aller ensemble.
Quels bénéfices collectifs pour La Garde ?
Au-delà du calendrier, c’est l’ambition collective du projet qui mérite d’être examinée. La grande voirie a été financée par la Métropole Toulon Provence Méditerranée. Dès lors, que reste-t-il à mettre en regard des sept millions d’euros avancés par la commune et de toutes ces années d’attente ?
Des portions de trottoirs, des lampadaires, les équipements nécessaires à la desserte des habitations. Ce sont les prestations élémentaires attendues d’un quartier aménagé. Suffisent-elles à justifier une telle mobilisation des moyens communaux ?
Si l’on présente le minimum indispensable comme le bénéfice collectif de l’opération, où est l’ambition publique ?
Un détour par notre histoire donne la mesure de cette question. Au début du XXᵉ siècle, à l’époque d’André Charlois, La Garde engageait sa modernisation : développement du service des eaux, électrification, liaison par tramway. Des équipements qui transformaient la vie quotidienne et ouvraient de nouvelles possibilités à toute la population.
Plus d’un siècle après, quelle ambition collective justifie les millions avancés et les décennies consacrées à Sainte-Musse ? Les habitants du quartier méritent des équipements achevés. L’ensemble des Gardéens mérite aussi de comprendre pourquoi leur réalisation exige une patience aussi extraordinaire.
Nos prédécesseurs faisaient entrer la commune dans la modernité. L’équipe actuelle nous explique qu’il faut encore attendre pour achever un quartier.
Les moyens techniques ont progressé. Pourquoi faudrait-il revoir nos exigences à la baisse ?
Les Gardéens sont en droit de comparer l’argent avancé, le temps écoulé et les résultats obtenus. Une opération d’aménagement ne devient pas une réussite parce qu’on lui accorde régulièrement quelques années de plus.
Lorsque nous revenons sur les avances, on nous reproche pourtant notre « marronnier ». Comme si la répétition de la question était plus préoccupante que celle des reports.
Si le sujet revient, c’est qu’il reste à régler. Si nous comptons les années, c’est que les engagements avaient des dates. Et si nous parlons encore de cet argent, c’est qu’il appartient aux Gardéens.
L’équipe municipale revendique sa capacité à préparer l’avenir. À Sainte-Musse, elle devrait commencer par rendre compte du temps déjà écoulé.
Les échéances se prolongent. La confiance, elle, se mérite.

