LA GARDE : NOUS APPELONS ÇA LA « DUPOCRATIE » MUNICIPALE

Caricature politique montrant le Conseil municipal de La Garde comme un théâtre à deux visages : à gauche, une scène lumineuse affichant « Démocratie », écoute, débat et transparence ; à droite, les coulisses sombres de la « Dupocratie », avec documents difficiles d’accès, erreurs rebaptisées « erreurs de tir » et opposition renvoyée au « populisme », à la « polémique » ou à plus tard.

La dupocratie, c’est la démocratie en façade et l’enfumage du réel en coulisses.

Le mot est un néologisme formé de dupe et de -cratie, le pouvoir. Nous l’utilisons pour désigner un fonctionnement dans lequel les institutions démocratiques restent en place, mais où l’on maîtrise suffisamment les mots, l’information, les procédures et la contradiction pour présenter aux citoyens une réalité plus avantageuse que celle qu’ils pourraient constater directement.

On ne vous interdit pas de poser des questions : on évite d’y répondre.

On ne nie pas forcément les erreurs : on les rebaptise. Une irrégularité devient une « erreur de tir », une erreur une « coquille », un problème une « régularisation ».

On ne supprime pas la transparence : les documents existent. Encore faut-il pouvoir réellement y accéder.

On ne supprime pas la participation citoyenne : on l’organise, on choisit les participants, on fixe les sujets et on encadre les conditions du débat.

Et lorsque quelqu’un insiste sur les faits, il devient parfois plus commode de parler de sa compétence, de ses intentions, de « démagogie », de « désinformation » ou de « polémique » que de répondre précisément à ce qu’il soulève.

Voilà ce que nous appelons la dupocratie.

Et à La Garde, plusieurs faits nous conduisent aujourd’hui à employer ce mot.

La transparence : combien d’étapes avant d’accéder aux faits ?

En février 2024, des élus d’opposition demandent notamment la communication de documents concernant les frais de représentation ainsi que la SAGEM et la SAGEP.

Faute de communication complète, la Commission d’accès aux documents administratifs, la CADA, est saisie le 27 mars.

Puis l’affaire arrive devant le Tribunal administratif de Toulon.

Le 2 juillet 2026, le tribunal annule le refus de communication concernant les documents de la SAGEM et de la SAGEP. Il ordonne leur transmission dans un délai d’un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et met 1 500 euros à la charge de la commune. Unis pour La Garde

Pourquoi faut-il une demande, la CADA, puis un tribunal pour obtenir des documents qui doivent finalement être communiqués ?

Concernant les justificatifs des frais de représentation, soyons tout aussi précis.

La commune a indiqué les avoir rendus disponibles à la consultation et cette situation a conduit le tribunal à ne plus statuer sur cette partie de la demande. Unis pour La Garde

Mais une invitation à consulter n’est pas une consultation.

À ce jour, nous n’avons toujours pas effectivement eu accès à ces justificatifs.

Alors qu’est-ce que la transparence ?

Pouvoir dire que des documents sont théoriquement consultables ?

Ou permettre réellement aux élus qui les demandent de les voir, de les lire, de les vérifier et d’exercer leur contrôle ?

Il y a la transparence affichée.

Et il y a la transparence effective.

Une irrégularité budgétaire… ou une « erreur de tir » ?

En janvier 2024, le Conseil municipal adopte son cycle budgétaire.

Quelques semaines plus tard, après des observations des services de l’État sur les règles de transmission applicables à la nomenclature M57, le Conseil doit revenir sur plusieurs délibérations et procéder à de nouveaux votes.

Comment cet épisode est-il raconté en séance ?

« On remet dans l’ordre des choses. »

Puis :

« Il y a eu des erreurs de tir ; on les corrige. »

Les faits, eux, n’ont pas changé : le Conseil a dû reprendre son cycle budgétaire.

Voilà précisément le pouvoir des mots.

Une irrégularité devient une erreur.

L’erreur devient un incident.

Et l’incident finit par sembler presque anodin.

Ce n’est pas nécessairement nier ce qui s’est produit.

C’est en modifier la perception.

La démocratie participative… mais qui participe à quoi ?

Prenons les commissions extra-municipales.

Leur règlement les présente comme des instances destinées à favoriser la participation citoyenne, recueillir les avis et propositions des habitants et enrichir la réflexion municipale.

Très bien.

Mais qui choisit leurs membres ?

Ils sont désignés nominativement par arrêté du maire.

Une personne ne peut appartenir qu’à une commission et celles-ci sont limitées à quinze membres.

Qui fixe l’ordre du jour ?

La municipalité.

Les commissions peuvent-elles voter ?

Non.

Le règlement précise également que les interventions doivent porter exclusivement sur les sujets inscrits à l’ordre du jour. Le président peut interrompre certaines interventions et limiter le temps de parole.

Alors que signifie exactement « participer » ?

Être consulté, c’est pouvoir donner son avis sur les sujets choisis par la municipalité.

Participer réellement, c’est aussi pouvoir proposer un sujet, faire émerger une position collective et savoir quelle suite lui est donnée.

Ce n’est donc pas la même chose d’être invité à s’exprimer dans un cadre entièrement fixé par la municipalité et de disposer d’un véritable pouvoir d’initiative.

La nuance peut sembler légère.

En démocratie, elle est essentielle.

Et quand la contradiction devient gênante ?

C’est peut-être ici que le mécanisme apparaît le plus clairement.

Lors de différents débats municipaux, les critiques de l’opposition ont donné lieu non seulement à des réponses sur le fond, mais aussi à des accusations de « démagogie », de « désinformation » ou de « polémique ».

En juin 2026, lorsqu’une élue demande précisément dans quelle ligne comptable apparaît un remboursement concernant les frais de représentation, le procès-verbal rapporte cette réponse :

« Nous ne sommes pas en formation budget, mais nous allons vous le préciser. Sinon, il y a les stages, vous pouvez en suivre. »

La question portait sur une ligne comptable. La réponse porte aussi sur la compétence de celle qui la pose. Et c’est précisément le problème.

Une majorité n’a évidemment aucune obligation d’être d’accord avec son opposition.

La contradiction est même faite pour cela.

Mais expliquer qu’un contradicteur polémique ne démontre pas que son argument est faux.

Mettre en cause sa compétence ne répond pas à son chiffre.

Lui rappeler son comportement ne répond pas au document qu’il présente.

Répondre au contradicteur n’est pas répondre à la contradiction.

Alors oui, nous employons le mot : « dupocratie »

Pris séparément, chacun de ces épisodes pourrait être présenté comme un incident.

Un document tarde.

Une procédure doit être reprise.

Une commission possède nécessairement des règles.

Un débat politique devient vif.

Mais lorsqu’on retrouve, dossier après dossier, les mêmes mécanismes, la question change.

Les élections existent.

Le Conseil municipal siège.

Les commissions existent.

Les documents existent.

L’opposition peut parler.

Les citoyens peuvent participer.

Toutes les formes démocratiques sont là.

Mais un document auquel il faut parfois des mois ou des années pour accéder permet-il un contrôle réellement efficace ?

Une participation citoyenne dont la municipalité choisit les participants, l’ordre du jour et les règles dispose-t-elle d’un véritable pouvoir d’initiative ?

Une erreur devient-elle moins importante lorsqu’on l’appelle « erreur de tir » ?

Et le débat reste-t-il pleinement contradictoire lorsque celui qui insiste devient lui-même le sujet de la discussion ?

Alors oui, nous employons le mot : dupocratie.

Ce n’est pas une qualification juridique.

C’est le terme politique que nous choisissons pour décrire ce fonctionnement : une démocratie dont les institutions restent visibles, mais où l’accès aux faits, la portée de la contradiction et la capacité réelle de contrôle sont trop souvent, selon nous, entravés, retardés ou recouverts par le récit.

La majorité peut naturellement contester ce mot.

Mais elle ne peut pas faire disparaître les faits qui nous conduisent à l’employer.

Une démocratie vivante ne craint ni les documents, ni les questions, ni les erreurs reconnues, ni la contradiction. Elle les accepte parce qu’ils permettent justement de contrôler et de corriger l’action publique.

À La Garde, nous considérons que cette frontière a été franchie.

Lorsque l’apparence de la transparence remplace trop souvent la transparence effective, lorsque la participation existe sans véritable pouvoir d’initiative, lorsque les mots atténuent les erreurs et lorsque celui qui insiste devient lui-même le problème, nous ne parlons plus, selon nous, de quelques maladresses isolées.

C’est ce fonctionnement que nous appelons la dupocratie municipale.

Aux Gardéennes et aux Gardéens d’examiner les faits et de se faire leur propre opinion.